Ce matin, lecture des journaux. Enfin, «des » journaux, c’est vite dit. Les deux journaux qui existent encore dans le coin :La Voix du Nord et Nord-Littoral. Je suis allé au débit de tabac/presse sur la place et je me suis servi. J’aurais pu aisément les voler ces journaux puisque le type derrière sa caisse ne me voit pas. Mais je suis un fantôme honnête. J’ai posé mes piècettes sur le comptoir avant de sortir.
On apprend pas mal de choses quand même en parcourant les titres. Il faut dire que les journaux sont ma seule vraie source d’information. A mon âge, on ne va pas sur Internet et la télé ce n’est pas mon truc. J’ai donc lu que le Xavier voulait venir président. La belle affaire ! On dirait un François de droite. Le François de Corrèze bien sûr ! Ne pas confondre avec le vrai François !
Ici, il y avait autrefois un homme de gauche. Albert. Je l’aimais bien. On avait le même âge, mais il a vécu bien plus longtemps que moi. Il est mort à 101 ans ! Parfois, je croise son fantôme. Il n’y a pas très longtemps, nous sommes allés faire un tour au cimetière. Il faut dire que de son vivant, Albert, fréquentait souvent les cimetières, surtout le 11 Novembre et le 8 mai. Discours, sonnerie aux morts, remise de médailles… Il faisait très bien son boulot de maire, Albert. Il a même été député, c’est vous dire ! Moi, les cérémonies, je n’aime pas trop. Quand j’étais encore parmi les vivants, quand on me voyait donc, je me glissais de temps en temps parmi la foule, histoire de faire bonne figure. Mais maintenant que je suis un homme libre, plus besoin de faire de la figuration. Et cela ne m’empêche pas d’honorer la mémoire de nos morts. Régulièrement je vais nettoyer les tombes de mes amis, de mes anciens camarades de la Résistance aussi. Leurs familles croient sans doute que c’est la pluie qui fait briller les plaques funéraires.
Pour en revenir au Xavier, si jamais pendant sa tournée des popotes pour devenir président, il passe dans le coin, je m’arrangerai pour qu’il fasse une promenade sur la jetée. Je me mêlerai à son équipe de conseillers-courtisans et, lorsque nous serons arrivés tout au bout, avec vue sur l’Angleterre ou sur les nuages, selon la météo, je me collerai à son oreille et je lui demanderai : « Dis, Xavier, à force de surfer sur les vagues, tu ne crois pas qu’il y en a une qui va finir par t’emporter ? ». Et comme il y aura du vent (il y a toujours beaucoup de vent au bout de la jetée), personne n’entendra sa réponse.
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