
La plage, la nuit. A marée basse j’entends, au loin, la mer qui souffle avant de venir s’échouer. En direction de la côte belge, on devine les formes arrondies des dunes couchées sous les nuages. Souvent, après minuit, je marche sur la plage, pieds nus, nez au vent. Je sais que je vais les rencontrer. Parfois, il me suffit d’attendre quelques minutes, mais souvent je dois patienter plus d’une heure. Je me poste à mi-chemin entre la digue et le bord de mer. Au beau milieu de la plage, au centre de tout. L’oeil aux aguets, j’écoute, je tends l’oreille. Et, soudain, ils sont là. Mes parents.
Fantômes depuis plus de soixante ans, ma mère et mon père se sont fait oublier. Contrairement à moi, ils ont cessé toute activité après leur mort. Mon père était né au XIXème siècle près d’Ostende et ma mère à Malgedem, en Flandre-Orientale. Belges donc. Ils étaient vanniers. Au cours de leur vie, ils ont vécu et travaillé à Maldegem, puis à Halluin, en France, et enfin à Grand-Fort Philippe.
« Tu ne changes pas, gamin… ». Le fantôme de ma mère, chignon et robe de dentelle, me fait toujours la même remarque lors de nos retrouvailles. « Toi non plus maman ». Nous ne nous disons rien d’autre. Mon père, en cravate et costume trois-pièces, est toujours silencieux. Les mots sont inutiles. L’émotion de garder ainsi le contact nous suffit. A cette heure de la nuit, aucun témoin ne viole notre intimité. A tout jamais, nous sommes parmi les morts et parmi les vivants.
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