Il m’a fallu attendre 2012 pour me décider à vous raconter mon histoire. Pendant des années, j’ai été le gardien d’un secret d’Etat. Mais, il y a sans doute prescription et il fallait que je parle.

En 2012, j’ai donc choisi de vous raconter tout cela sur Twitter (à l’époque ce n’était pas encore X). Vous pouviez retrouver la trace de tout cela sur mon compte @MarcelZeGhost. Mais depuis que X est devenu la propriété d’un milliardaire fasciste, je déconseille à tout le monde de fréquenter ce cloaque.

Je vous livre un petit résumé de mon histoire.

J’abandonne ma famille et j’entre dans la Résistance

Il faut bien dire que j’ai mal commencé. C’était juste avant la guerre, en 1939. J’habitais un village de pêcheurs dans le nord de la France. Cette année-là, j’ai quitté ma femme. Je l’ai laissée, seule avec nos trois enfants.

Pas de quoi être fier, d’accord…

Puis la guerre est arrivée et ma vie a pris un autre tour. Je suis entré dans la Résistance. J’ai intégré le réseau « La Voix du Nord ». Comme j’étais déjà plutôt bricoleur, je suis devenu « radio ». Ma mission consistait à mettre nos gars sur le terrain, à Dunkerque, à Calais, à Boulogne, en contact avec ceux de Londres.

Mon surnom était « Gazette ». Et je peux le prouver.

Tout commence sur une plage

Je suis donc allé sur Twitter , un truc qui, au début des années 2020, était épatant et que j’ai découvert grâce à cette mission spéciale, pour vous raconter cette histoire assez étonnante. Je me disais que si, en même temps, cela pouvait m’aider à retrouver ma famille ce ne serait pas mal.

Nous sommes ici en photo en 1934, sur la plage d’une modeste station balnéaire du nord de la France.

Certains d’entre eux sont-ils encore de ce monde ?

Qu’est devenu le colonel ?

Comme je l’ai raconté sur Twitter, j’ai eu une vie peu commune. Jusqu’à ma mort, en 1977, j’ai été le geôlier d’un officier français – un colonel – qui en juin 1940 avait eu la mauvaise idée de vouloir lancer sur Radio Londres un appel à la résistance. Mais, comme chacun le sait, le Général a été plus rapide que lui et mon colonel s’est retrouvé sous les verrous.

Je ne peux pas tout dire ici. Mais je veux quand même révéler que c’est dans ma cachette que ce colonel ambitieux a passé le restant de ses jours. Peut-être pas tout à fait d’ailleurs, car j’ai eu la mauvaise idée de mourir avant lui et je ne sais pas ce qu’il est devenu.

Des recherches sur les bords de l’Aa

J’ai beaucoup perdu dans cette histoire. Je n’ai plus de nouvelles de ma famille. Je ne sais pas si mon prisonnier, le colonel, est enterré quelque part sur les côtes du Nord de la France. Jusqu’à ce jour, jusqu’à ce que je me décide à raconter mon histoire, personne n’a entendu parler de moi. Le Général est mort en 1970 sans même avoir repris contact avec moi depuis qu’il m’avait confié la garde de son concurrent, en novembre 1945…

Mais maintenant, j’ai le temps. J’ai l’éternité devant moi. Comme quoi, être un fantôme peut avoir du bon.

Alors, je cherche. Je cherche la trace du colonel et je recherche ma famille.

Après quelques jours sur Twitter, j’ai estimé que j’étais arrivé au bout de ma quête. Je m’étais donné un temps limité pour aboutir, car même si un fantôme a tout le temps devant lui,  il me faut aussi pouvoir me consacrer à d’autres projets.

J’étais allé sur Twitter pour rechercher les traces de ma famille perdue de vue depuis 1939, et pour révéler l’existence de ce colonel qui a failli entrer dans l’Histoire en essayant de lancer, en juin 40, un appel sur Radio Londres avant le Général. Les choses ne se sont pas passées comme il l’avait espéré et ce colonel – dont je me suis engagé à ne pas donner le nom – a été arrêté. Le Général en personne m’a confié la garde de ce prisonnier hors du commun et je fus ainsi son geôlier jusqu’à ma propre mort en 1977. Mais vous savez déjà tout cela si, à l’époque, vous avez lu l’histoire de Marcel Ze Ghost sur Twitter.

Quelques années ont passé et j’ai fini par retrouver la trace des miens ! J’ai vérifié les bribes d’informations qui m’ont été communiquées. Je sais que mes filles ne sont plus là mais mon fils est toujours de ce monde ! J’ai également huit petits-enfants ! J’ai appris cela avec une grande émotion, comme vous pouvez l’imaginer. Mais je ne veux pas en dire plus sur les membres de ma famille que je viens de retrouver. Après tout, même les fantômes ont droit à la protection de leur vie privée.

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Auteur marcel, fantômePublié le